Dans un café populaire de Casablanca, il se raconte autour d’un thé à la menthe. Lui qui ne se livre pas facilement a hésité avant d’accepter l’invitation. Le troquet est à son image, simple et sans prétention. Pourtant, Adil Hiani est connu dans les clubs des quatre coins de la planète électro pour être l’un des seuls à marier avec autant de panache les rythmes électroniques actuels et la musique ancestrale marocaine.

Adil Hiani, 29 ans, a mixé ces deux dernières années à Barcelone, Athènes, Paris, Zurich, Berlin, Hammamet, Tozeur ou Alger. Pourtant, c’est au Maroc qu’il revient toujours. « Je voyage le week-end pour mes événements et je reviens chez moi à Casablanca. Je n’envisage pas ma vie ailleurs. Ici, je suis près de ma famille, de mes amis, de mes associés, de mes racines… et des bons plats de ma mère », précise Adil Hiani.

Aux platines dès 13 ans

« Je sais d’où je viens. Mon père a débarqué d’un village berbère, Tassila Ait Aissi, pour chercher du travail à Casablanca. Il a commencé comme marchand ambulant. A la sueur de son front, il a monté une entreprise de matériel électrique. Le magasin existe toujours, géré par mes frères. Ma mère vient aussi d’un petit village berbère du Sud. » Adil grandit entouré de cinq sœurs et de deux frères. A 13 ans, il découvre les joies du mix et des platines grâce à son cousin, DJ Key. Quatre ans plus tard, il se produit déjà au Maroc mais s’envole pour la France afin de poursuivre ses études d’économie. « Mes parents se sont battus pour qu’on puisse avoir un bon niveau scolaire. Les études ont toujours été la priorité. »

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L’appel musical reste cependant le plus fort. En 2009 s’offre à lui une carrière en France dans la finance. Mais Adil décide de rentrer au Maroc pour se consacrer à son label, Cosmo Records, qu’il lance avec Laurent Grumel, un Français qui a grandi au Maroc. « Nous voulions fusionner l’univers de la musique électronique et acoustique avec un concept : inviter des artistes au Maroc pour leur faire découvrir le pays, leur faire partager un moment avec des musiciens traditionnels marocains. »

Depuis, l’aventure a tenté de nombreux musiciens, comme l’Argentin Rene Sandoval ou les Parisiens Masomenos et Vadim Svoboda, qui ont parfois été emmenés jusqu’aux confins de l’Atlas. De son côté, Adil Hiani se fait peu à peu connaître en Europe, et la musique s’emballe. Les invitations à jouer sur les plus grandes scènes électroniques du monde se multiplient, les disques du label se vendent un peu partout, en Europe, en Asie et aux Etats-Unis. Cela n’empêche pas le DJ de parfois souffrir pour obtenir des visas pour l’Europe, ce qui lui a valu de rater ou de repousser certaines dates. « Aujourd’hui, je vis à 100 % de ma musique, et principalement des concerts à l’étranger. Je ne suis ni riche, ni pauvre. Je suis fier d’avoir réalisé mon rêve et de payer mes impôts au Maroc. »

Electro, guembri et derbouka

Son meilleur souvenir ? Ce sont dix jours passés avec le producteur de musique électronique chilien Pier Bucci dans les montagnes de l’Atlas. « Les villageois nous ont offert le gîte et le couvert. C’est ce Maroc encore authentique que je veux faire découvrir, loin des grandes villes, où il n’y a pas encore de banques ! »

Grâce à Cosmo Records, le guembri et la derbouka côtoient de plus en plus souvent les rythmes électroniques, comme en septembre 2016 au nouveau festival Atlas Electronic à Marrakech, dont le label était partenaire. « J’aime mélanger toutes les musiques, sans exception », glisse le DJ. Lors de la Living Room Session, un set à Zurich en décembre 2016 retransmis en direct sur Internet, Adil a mixé pendant plus de six heures de la musique juive, berbère, arabe, du rock, du jazz ou de l’électro. Prochaine étape : le Rex Club à Paris jeudi 26 janvier, pour la soirée Crazy Jack, un rendez-vous incontournable de la musique électronique.

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