Yves Cougnaud, forgeron, businessman et mécène

Une blanche chevelure et des yeux bleu azur à la Gabin, un physique trapu, un regard où se lit l’enfant qu’il est resté et le puissant qu’il est devenu. Yves Cougnaud est un personnage hors du commun. Parti de rien, fils d’un humble forgeron de campagne du Poiré-sur-Vie, il a bâti en moins de trente ans, à la force du poignet, une énorme entreprise : « Je voulais être le premier, courir plus vite que les autres », se résume ce patriarche de 76 ans, l’un de ces pères bâtisseurs de la Vendée des Trente glorieuses.

Il est né le 3 décembre 1936, chez lui, à la Guilletière, un lieu-dit sur la route de Palluau. Là où son grand-père a installé la forge. À 13 ans, Yves quitte l’école pour frapper l’enclume et boulonner des machines agricoles avec papa. À 15 ans, il est déjà « travaillé » par l’idée de réussir, de s’élever au-dessus de sa condition : « J’avais une volonté de revanchard, de gagneur. J’ai élevé mes enfants dans cet esprit. »

La famille, c’est sacré chez les Cougnaud. Sa fille Isabelle disparue à 47 ans, ses quatre fils, Éric, 52 ans, Patrice, 51 ans, Jean-Yves, 50 ans, Christophe, 48 ans, tous ont fait leurs classes dans l’entreprise paternelle. Ils s’en partagent aujourd’hui les postes-clé. C’est peu de dire qu’on est dans l’actionnariat familial. Gare au journaliste étourdi qui dit « Cougnaud » et pas « Yves-Cougnaud », plus que jamais raison sociale et affective d’une immense boutique de 1 250 salariés où aucun syndicat n’a jamais mis les pieds. Un paternalisme tranquille que le fondateur assume sans sourciller : « Pour quoi faire, un syndicat ? Ici, on vit avec les gens, ils ont une bonne rémunération, le dialogue social est permanent. Quand il y a de bons résultats, on partage. »

Le business, le foot, Alzheimer

En 1957, la guerre d’Algérie, c’est une rupture fondamentale. À 21 ans, le jeune provincial débarque dans le bled avec son commando, après deux mois de formation à la va-vite chez les Chasseurs alpins. Pendant 26 mois, le gamin de Vendée en voit de dures, de très dures : « On nous débarquait en hélico, les balles sifflaient, j’ai vu des copains tomber. J’ai eu de la chance. Ça marque et ça forme », élude-t-il, le visage tout à coup fermé.

Revenu au pays, il se jette à corps perdu dans l’aventure industrielle. Il étouffe dans sa petite entreprise de machines agricoles au Poiré-sur-Vie, lancée en 1972. Un matin, il a un coup de génie. En livrant ses machines, il a remarqué que les chantiers du bâtiment sont en plein boum. Il se met à construire des roulottes de chantier, une par semaine, puis une par jour. Il a la rage de réussir : « Je partais livrer avec toute une caravane de roulottes le vendredi soir, je roulais toute la nuit et je rentrais le samedi matin. » Des roulottes, on passe aux cabines de chantier, des cabines aux premiers modulaires. Le succès entraîne le succès. Yves-Cougnaud, « bâtisseur de solutions modulaires », est en route. C’est le début de la saga familiale. On connaît la suite.

Alors, le business, rien que le business ? Oui et non. Oui, parce que, fortune faite, Yves Cougnaud est rouge de plaisir quand le ministre du Commerce, en 2009, lui épingle la Légion d’honneur. Au coeur de son usine de la route de Nantes. Celle qu’il a dessinée lui-même, tout seul dans son coin.

Non, car derrière le capitaine d’industrie « qui se doit d’être d’un caractère fort » comme glisse sa secrétaire, il y a l’homme. Le sportif, le fou de foot d’abord. À 15 ans, il est l’ailier de la Jeanne-d’Arc du Poiré : « On allait jouer en vélo à Aizenay, les godasses sur le guidon. » X années plus tard, il est le généreux mécène d’un club de niveau local qu’il a hissé en National. Il repousse, avec une délectation de clocher, les offres de présidence du club-phare de La Roche-sur-Yon. Genôt il est, genôt il reste. Et puis, il n’y a pas très longtemps, dans un geste de bienfaiteur local, il a financé sur sa cassette un centre pour les malades d’Alzheimer. Au Poiré. Ailleurs, c’eût été une trahison.

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